Le tribunal de lâInquisition Ă©tait dâabord chargĂ© de la santĂ© spirituelle des chrĂ©tiens. LâĂglise sâest repentie du consentement donnĂ© Ă des mĂ©thodes de violence au service de la vĂ©ritĂ©, mĂȘme dans leur contexte historique. LâInquisition a cependant constituĂ© un progrĂšs. Câest elle qui a transformĂ© la justice civile en introduisant une procĂ©dure fondĂ©e sur lâenquĂȘte, lâappel aux tĂ©moins et la probitĂ© des du latin enquĂȘter » est un tribunal dâĂglise dont la mission fut la rĂ©pression de lâhĂ©rĂ©sie. FormalisĂ©e au Moyen Ăge et active jusquâau XIXe siĂšcle, lâInquisition a recouvert trois rĂ©alitĂ©s diffĂ©rentes lâInquisition mĂ©diĂ©vale XIIIe-XVe siĂšcles, lâInquisition espagnole 1478-1820 et lâInquisition romaine Ă partir de 1542 qui nâont pas agi partout avec les mĂȘmes objectifs ni la mĂȘme mĂ©diĂ©valeLa premiĂšre nâest dâabord rien dâautre que la mission de tout temps confiĂ©e aux Ă©vĂȘques veiller Ă la bonne santĂ© morale et spirituelle de leur diocĂšse. Câest lâinquisition deuxiĂšme Inquisition renvoie au phĂ©nomĂšne que nous connaissons le mieux la prise en main par le pape de la chasse Ă lâhĂ©rĂ©sie au XIIe siĂšcle. Pourquoi un tel coup de projecteur sur lâhĂ©rĂ©sie ? Parce que, dans une Europe en plein nouveau façonnement socio-Ă©conomique, se sont mises Ă circuler des idĂ©es qui, avant dâĂȘtre hĂ©rĂ©tiques, ont bousculĂ© le message chrĂ©tien pour le revivifier â au risque, parfois, de dĂ©truire le bon grain avec lâivraie. Ă ces nouvelles aspirations laĂŻques insuffisamment nourries par un clergĂ© trop mou, lâĂglise a offert deux rĂ©ponses. Dâabord, une ligne rĂ©formiste, prenant acte des besoins spirituels dâune nouvelle sociĂ©tĂ© plus Ă©duquĂ©e, urbaine, et marchande les franciscains et les dominicains sont les acteurs visibles de cette nouvelle offre spirituelle. Ensuite, un volet plus normatif et rĂ©pressif câest lâInquisition pontificale, formalisĂ©e par le pape GrĂ©goire IX entre 1231 et 1233. Juridiction dâexception, conduite par les dĂ©lĂ©guĂ©s du pape, cette Inquisition sâest substituĂ©e Ă lâinquisition Ă©piscopale partout oĂč celle-ci avait Ă©chouĂ© Ă faire piĂšce Ă lâhĂ©rĂ©sie, notamment dans le midi de la France. Son activitĂ© culmine de la seconde moitiĂ© du XIIIe siĂšcle aux annĂ©es 1340, avant lâamorce dâune phase de dĂ©clin et un bref sursaut au XVe moderneLâInquisition espagnole prend le relais. Rejeton de la prĂ©cĂ©dente, elle naĂźt en Espagne Ă la fin du XVe siĂšcle de la volontĂ© des souverains Isabelle et Ferdinand. Avec un inquisiteur gĂ©nĂ©ral dĂ©signĂ© par le roi et un Conseil, lâInquisition entre au gouvernement des rois catholiques, tandis que la dĂ©fense de la foi devient la pierre angulaire de la construction dâun royaume chrĂ©tien moderne. Au XVIe siĂšcle, ses tribunaux sont actifs dans tout lâempire espagnol, de la Sicile au Mexique. Assoupie au XVIIesiĂšcle, lâinstitution est supprimĂ©e en reprĂ©sentant GalilĂ©e face Ă ses dĂ©tracteurs, par Cristiano Banti 1824â1904. Hors dâEspagne, lâInquisition est refondĂ©e pour devenir, Ă partir des annĂ©es 1540, le fer de lance de la RĂ©forme catholique face Ă la montĂ©e du protestantisme. Câest lâInquisition romaine un tribunal central Ă Rome, dont la juridiction sâĂ©tendait thĂ©oriquement sur tout le monde catholique, mais qui ne fut jamais actif quâen Italie et sâessouffla au XVIIIe la Reconquista Ă lâInquisitionLâInquisition espagnole â rĂ©putĂ©e la plus dure â est refondĂ©e au XVe siĂšcle dans un royaume en quĂȘte dâunitĂ©. Ses excĂšs sâexpliquent en partie par un contexte de grandes tensions sociales et religieuses Ă la fin de la ReconquĂȘte sur les Maures. ĂlĂ©ment de contexte important, les Espagnes » de la fin du XVe ont une population trĂšs mĂȘlĂ©e, bien plus quâaucun autre pays de lâEurope occidentale juifs, prĂšs de musulmans. Institution dâĂglise, lâInquisition nâĂ©tend sa juridiction quâaux baptisĂ©s dans lâĂglise juifs, musulmans, et plus tard, Indiens dâAmĂ©rique ou noirs vaudous, ne tombent pas directement sous sa coupe. Les mesures dâintĂ©gration forcĂ©e de ces communautĂ©s, tel le tristement cĂ©lĂšbre dĂ©cret dâexpulsion des juifs de 1492, nâont rien Ă voir avec la justice inquisitoriale. Directement du ressort de lâInquisition, parce que bien plus dangereux, Ă©taient les nouveaux convertis que lâon soupçonnait de retomber dans leur ancienne religion et les pĂ©cheurs chrĂ©tiens violant la morale de lâĂglise. De lĂ , on doit isoler quatre groupes » dont sâoccupa lâInquisition espagnole, avec des objectifs et des moyens trĂšs conversosLes premiers furent les conversos, juifs convertis soupçonnĂ©s de judaĂŻser ». Occupant des positions de pouvoir dans les villes marchandes, ces nouveaux conversos cristallisent les jalousies et incarnent une sorte de cinquiĂšme colonne, infiltrĂ©s » dans la sociĂ©tĂ© chrĂ©tienne, et menaçant de saper le fragile Ă©difice de lâEspagne des rois catholiques. Juridictionnellement parlant, lâInquisition ne poursuit pas des juifs mais des nouveaux baptisĂ©s. Mais la violence de ces procĂ©dures et les attitudes hostiles des chrĂ©tiens contre les juifs quâelles ont nourries sont un de ces faits historiques douloureux » reconnus par Jean-Paul II et qui alourdissent le bilan nĂ©gatif » des relations tourmentĂ©es entre lâĂglise et les juifs ». Les chrĂ©tiens dâaujourdâhui sont appelĂ©s Ă partager le profond regret de ces actions pour sâassocier Ă la dĂ©marche de purification de la mĂ©moire initiĂ©e par le moriscosUne deuxiĂšme cible se prĂ©sente les moriscos, lâĂ©quivalent musulman des premiers conversos, que lâon va accuser de mahomĂ©tiser ». AprĂšs de longues hĂ©sitations, et dans un contexte de pĂ©ril turc grandissant dans la MĂ©diterranĂ©e, lâInquisition sâen prend Ă ces communautĂ©s morisques » de Grenade, de Valence ou dâAragon. Le bilan est nuancĂ©. Les principales communautĂ©s morisques parviennent Ă un accord avec lâInquisition, qui limite les condamnations Ă mort moyennant le paiement par les morisques dâune rente au tribunal. Mais moins protĂ©gĂ©es, les communautĂ©s non couvertes par ces accords ont vu sâabattre sur elles une rĂ©pression sĂ©vĂšre enclenchant un cycle de rĂ©cidive-reprĂ©sailles dont lâissue Ă©tait, frĂ©quemment, la peine de mort. Comme en 1492, la question minoritaire finit par ĂȘtre rĂ©glĂ©e hors du champ de la justice inquisitoriale lorsque Philippe III expulse les morisques dâEspagne en protestantsLa troisiĂšme cible de lâInquisition espagnole, câest la grande affaire de lâEurope moderne les protestants. Les rares groupes dĂ©couverts en Espagne furent lâobjet de sanctions sĂ©vĂšres allant jusquâĂ la mort. Plus largement, la lutte de lâEspagne trĂšs catholique contre le protestantisme explique la duretĂ© du traitement rĂ©servĂ© aux Ă©trangers dans les possessions espagnoles â le Français, lâAnglais, lâAllemand pouvant Ă tout moment dĂ©clarer » lâhĂ©rĂ©sie Espagnols vieux-chrĂ©tiensQuatriĂšme et derniĂšre cible, enfin les Espagnols vieux-chrĂ©tiens, que lâĂ©nergique reprise en main de la Contre-RĂ©forme allait tenter de discipliner sur des questions de mĆurs et de croyance. Cette justice inquisitoriale nâa pas laissĂ© de trace spectaculaire aucune exĂ©cution, de rares condamnations Ă la prison ou aux galĂšres, des cas de sorcellerie quasi systĂ©matiquement invalidĂ©s. Et pourtant, câest prĂšs de la moitiĂ© de lâactivitĂ© des tribunaux de lâInquisition espagnole, jusquâau XVIIe aussi Protestants et catholiques, lâexamen des sept diffĂ©rencesMiroirs dĂ©formantsCette typologie rĂ©vĂšle Ă quel point les amalgames abusifs deviennent des miroirs dĂ©formants. LâInquisition espagnole a prĂ©sentĂ© des visages trĂšs diffĂ©rents dans le temps et dans lâespace selon la nature de la menace, et le soutien du pouvoir civil. Oui, lâInquisition sâest Ă©tablie en Espagne comme lâorgane suprĂȘme de dĂ©fense de la foi, allant jusquâĂ crĂ©er un climat de mĂ©fiance ; mais non, les inquisiteurs nâenvoyaient pas de pauvres hĂšres au bĂ»cher pour adultĂšre ou bigamie. Attention aux jugements de valeur anachroniques ! Le principe de lâInquisition appartient Ă un temps rĂ©volu la justice avait partout recours Ă des mĂ©thodes violentes et lâĂglise Ă©tait aux cĂŽtĂ©s des pouvoirs civils la garante du lien social de cette Ă©poque. Dans un contexte oĂč la sociĂ©tĂ© civile Ă©tait adossĂ©e Ă la sociĂ©tĂ© religieuse, et inversement, elle a introduit dans la gestion du religieux des formes dâaction propres de la gestion buts de lâInquisitionDans la logique de lâInquisition, la condamnation Ă mort est un Ă©chec. Une fois identifiĂ©, lâhĂ©rĂ©tique doit avouer son crime, puis se convertir. LâInquisition cherche donc la pensĂ©e de lâhomme, sa croyance. Elle ne rĂ©prime pas ses actes. La lĂ©gende noire dâune justice intrusive et rigoriste est comme lâhommage que le vice rend Ă la vertu lâacharnement procĂ©durier Ă trouver la vĂ©ritĂ© est lâexpression dâune justice qui veut dĂ©couvrir le fond des cĆurs pour ne pas juger sur lâapparence du geste. Soit par exemple le cas suivant une hostie est arrachĂ©e, le coupable est arrĂȘtĂ©. Son procĂšs sâouvre lâhostie a-t-elle Ă©tĂ© arrachĂ©e par un fou ? Lâhomme nâest pas coupable. Lâhostie a-t-elle Ă©tĂ© arrachĂ©e par un ignorant ? Lâhomme nâest pas coupable. Lâhostie a-t-elle Ă©tĂ© arrachĂ©e par un ivrogne, un idiot, un aveugle ? Non-coupable, non-coupable, non-coupable. Si, et seulement si, lâauteur du geste est en pleine possession de ses facultĂ©s, et arrache lâhostie avec la volontĂ© de blasphĂ©mer, alors, il y a crime dâ la justice moderneCette exigence de vĂ©ritĂ© a entraĂźnĂ© le dĂ©veloppement de nouvelles procĂ©dures juridiques. LâInquisition mĂ©diĂ©vale vient canaliser les excĂšs de zĂšle de foules hystĂ©riques ou de souverains autoritaires. Dans le Midi, les gros bĂ»chers furent allumĂ©s en 1210 par les pouvoirs civils, soit vingt ans avant lâInquisition pontificale. LâInquisition pontificale substitue Ă cette justice expĂ©ditive une procĂ©dure fondĂ©e sur lâenquĂȘte, le tĂ©moignage et la probitĂ© intellectuelle et psychologique des juges. Alors que la justice civile travaillait par le groupe, elle crĂ©e le procĂšs personnel, codifiĂ© et trĂšs Ă©talĂ© dans le temps. Lâinquisiteur commençait par une prĂ©dication gĂ©nĂ©rale, exhortant les localitĂ©s Ă la conversion â et Ă la dĂ©nonciation des hĂ©rĂ©tiques. Venaient ensuite deux Ă©dits donnant de quinze jours Ă trois semaines aux hĂ©rĂ©tiques pour se repentir. Ce nâest quâau bout de ce temps que les hĂ©rĂ©tiques non repentis devaient rĂ©pondre devant les tribunaux inquisitoriaux. Cette procĂ©dure, que toutes les inquisitions ont en commun, obĂ©it au souci de la conversion des hĂ©rĂ©tiques. Les dĂ©lais et les sommations Ă rĂ©pĂ©tition peuvent ĂȘtre vus comme des instruments dâune fine terreur psychologique ils doivent ĂȘtre compris aussi comme des espaces mĂ©nagĂ©s pour la conversion des accusĂ©s. Un usage encadrĂ© de la forceLâInquisition a autorisĂ© un usage encadrĂ© de la force. Elle nâa jamais eu le pouvoir de condamner Ă mort, mais elle livrait au bras sĂ©culier pour lâapplication de la sentence. LâInquisition espagnole a fait victimes en six siĂšcles câest trop, mais câest peu au regard des sorciĂšres brĂ»lĂ©es dans le monde protestant au dĂ©but du XVIIe siĂšcle. Ailleurs, la peine de mort est restĂ©e un chĂątiment parmi dâautres, qui devient exceptionnel dĂšs la fin du XIIIe le but premier de lâInquisition nâait pas Ă©tĂ© la condamnation Ă mort des hĂ©rĂ©tiques devient Ă©vident lorsque lâon comprend que lâinstitution cherchait le salut des Ăąmes et quâune conversion publique confortait le reste du groupe dans sa foi. Stricto sensu, lâInquisition nâa allumĂ© aucun bĂ»cher, ni dressĂ© dâĂ©chafauds elle est un tribunal qui se prononce sur lâorthodoxie de la foi et les clercs ont lâinterdiction canonique de verser le sang. Sâil y a lieu, lâaccusĂ© est ensuite dĂ©livrĂ© au bras sĂ©culier, qui exĂ©cute la sentence. Il y a lĂ bien sĂ»r un jeu, les autoritĂ©s ecclĂ©siastiques sachant ce que signifiait la remise de lâaccusĂ© au bras sĂ©culier. Cela nâen fait pas pour autant les tortionnaires sadiques quâon nous dĂ©peint, surtout quand on comprend la subtilitĂ© du systĂšme pĂ©nitentiaire. Les inquisiteurs jouaient de la mort, mais elle nâĂ©tait pas leur mĂ©tier, pour paraphraser un cĂ©lĂšbre titre. La mort nâĂ©tait que la peine ultime dâun arsenal rĂ©pressif qui distribuaient bien plus souvent des peines de confession publique, dâemprisonnement, de pĂšlerinage, dâamendes, de confiscation des maniant les chiffres avec prĂ©caution, on sait aujourdâhui que les condamnations Ă mort Ă©taient bien plus rares que les fournĂ©es de victimes que lâon nous prĂ©sente, et quâune condamnation prononcĂ©e pouvait ĂȘtre commuĂ©e. DĂšs la fin du XIIIesiĂšcle, la mort devient un chĂątiment exceptionnel. Ainsi, les archives de Bernard Gui montrent que sur les 636 condamnations prononcĂ©es par lâinquisiteur toulousain, seules 40 furent des condamnations Ă mort. Et la torture ?Dâabord interdite par lâĂglise, quand toutes les justices civiles y ont recours, elle est autorisĂ©e par Innocent IV en 1252, et trĂšs encadrĂ©e une autorisation Ă©piscopale est nĂ©cessaire et des aveux obtenus sous la force doivent ĂȘtre rĂ©itĂ©rĂ©s librement. On sait aujourdâhui que les inquisiteurs ont usĂ© de ce moyen avec parcimonie, certains doutant de lâefficacitĂ© de la torture pour obtenir la libre confession de lâhĂ©rĂ©tique recherchĂ©e par le tribunal. Quant Ă lâinquisiteur, il nâa souvent que peu Ă voir avec lâĂ©pouvantail fanatique agitĂ© par les bonnes consciences de notre siĂšcle des hommes parfois guidĂ©s par toutes sortes dâintĂ©rĂȘts personnels, oui ; mais des fanatiques assoiffĂ©s de sang, non. Ce sont des thĂ©ologiens, des juristes, soucieux dâavancer les intĂ©rĂȘts de la foi en mĂȘme temps que leur carriĂšre administrative, et qui dans lâensemble, semblent avoir fait usage de apparaĂźt ainsi comme une lourde machine juridique, la premiĂšre bureaucratie jurisprudentielle de lâhistoire. Elle nâa pas eu le monopole de la violence religieuse chaque mort est une mort de trop, mais la rĂ©alitĂ© ne peut ĂȘtre jugĂ©e quâen contexte, et jamais dans un absolu anachronique Ă force dâĂȘtre nourri de principes du XXIe pardon de lâĂgliseIl reste que les chiffres ne changent rien au fond un seul tuĂ© au nom du Christ est dĂ©jĂ un scandale. LâĂglise a demandĂ© pardon pour le consentement donnĂ© Ă des mĂ©thodes dâintolĂ©rance et mĂȘme de violence ». En 2000, le pape Jean Paul II initie une dĂ©marche de pardon sans prĂ©cĂ©dent dans lâhistoire de lâĂglise. Parmi les situations considĂ©rĂ©es figure lâInquisition, forme de violence exercĂ©e dans la rĂ©pression et la correction des erreurs ». Quâon le veuille ou non, lâInquisition fait partie de lâhistoire de lâĂglise. Que lâon en retranche les abus des inquisiteurs qui ont outrepassĂ© leur mission, les inventions des auteurs de romans historiques et des idĂ©ologues rĂ©publicains â aussi sectaires que lâapologĂ©tique qui leur rĂ©pondit -, que lâon resitue le rĂŽle de lâInquisition dans le cadre des rapports entre deux sociĂ©tĂ©s civile et ecclĂ©siastique, il restera toujours que lâon a envoyĂ© des gens Ă la mort au nom du Christ. Comment une conscience actuelle doit-elle se positionner ? Ni en revendiquant un commandement divin dâassimilation par la force, ni en voyant en lâĂglise une institution intrinsĂšquement perverse. Il sâagit plutĂŽt de reconnaĂźtre, au terme dâun examen de conscience historico-thĂ©ologique solide, que lâĂglise fait ce quâelle peut dans un monde complexe et que, tout bien pesĂ©, elle nâest pas celle qui sâen tire le plus mal, au regard de la continuitĂ© historique unique dont elle jouit. Quelle autre institution assume-t-elle aujourdâhui deux mille ans dâhistoire ? La reconstitution proposĂ©e ici veut participer Ă la purification de la mĂ©moire demandĂ©e par saint Jean Paul II et dĂ©passionner les dĂ©bats pour parvenir Ă une mĂ©moire aussi Les images dâun tribunal de lâInquisition allant Ă la chasse aux sorciĂšres sont caricaturales »
Cest cette explication causa-liste de la dĂ©linquance qui a triomphĂ© durant la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle dans bien des pays et qui y Emmanuel Kant, philosophe allemand, s'est posĂ© trois questions, auxquelles l'ensemble de sa philosophie sâest efforcĂ©e de rĂ©pondre Que puis-je connaĂźtre ? question Ă laquelle il rĂ©pond dans la Critique de la raison pure Que dois-je faire ? Ă laquelle il rĂ©pond dans la Critique de la raison pratique et dans La mĂ©taphysique des moeurs Que mâest-il permis dâespĂ©rer ? Ă laquelle il rĂ©pond dans plusieurs oeuvres, notamment La religion dans les simples limites de la religion Temps de lecture de ce cours 10 minutes environ Kant et la philosophie de la connaissance Table des MatiĂšres1 Kant et la philosophie de la connaissance 2 Kant, une morale du devoir 3 Kant et la religion La thĂšse de l'espĂ©rance et du rĂšgne des fins4 Kant et la philosophie esthĂ©tique 1. Une critique de la raison Que puis-je connaĂźtre ? Pour rĂ©pondre Ă cette question, Kant opĂšre un examen critique de la raison, dĂ©terminant ce quâelle peut faire et ce quâelle est incapable de faire. La Raison, au sens large, dĂ©signe, chez Kant, tout ce qui, dans la pensĂ©e, est a priori et ne vient pas de lâexpĂ©rience. â Elle est thĂ©orique raison pure ou spĂ©culative lorsquâelle concerne la connaissance. â Elle est pratique raison pratique lorsquâelle est considĂ©rĂ©e comme contenant la rĂšgle de la moralitĂ© cette Raison, au sens large, se distingue, chez Kant, de la Raison, au sens Ă©troit du terme, comme facultĂ© humaine visant Ă la plus haute unitĂ©. Kant, ici opĂšre une critique de la raison spĂ©culative il ne sâagit pas dâune critique sceptique, mais dâun examen concernant lâusage, lâĂ©tendue et les limites de la raison. Pratiquant cette dĂ©marche, Kant remarque que la mathĂ©matique et la physique entrĂšrent dans la route sĂ»re de la science le jour oĂč elles cessĂšrent dâĂȘtre empiriques pour reconnaĂźtre la primautĂ© de la dĂ©monstration rationnelle. â La mĂ©taphysique devrait sâinspirer de cette mĂ©thode si fĂ©conde. â Ici prend place la fameuse notion de rĂ©volution copernicienne de mĂȘme que Copernic a supposĂ© que la Terre tournait autour du Soleil et non lâinverse, de mĂȘme Kant admet que câest notre facultĂ© de connaĂźtre qui organise la connaissance, et non pas les objets qui la dĂ©terminent. 2. Espace, temps et catĂ©gories Câest dire que nous ne pouvons apprĂ©hender le monde quâĂ travers des Ă©lĂ©ments a priori. â Ce terme a priori » dĂ©signe, ici, ce qui est indĂ©pendant de lâexpĂ©rience. â Ainsi, lâespace et le temps sont-ils antĂ©rieurs Ă lâexpĂ©rience ce sont des formes a priori de la sensibilitĂ©, câest-Ă -dire des structures intuitives issues du sujet et permettant dâordonner les objets hors de nous et en nous. Mais ce nâest pas tout et, Ă un deuxiĂšme niveau dâorganisation, conceptuel cette fois-ci, les objets doivent ĂȘtre pensĂ©s, organisĂ©s intellectuellement par lâentendement, facultĂ© reliant les sensations grĂące Ă des catĂ©gories, ou concepts purs, instruments permettant dâunifier le sensible â UnitĂ©, PluralitĂ©, TotalitĂ© catĂ©gories de la quantitĂ© â RĂ©alitĂ©, NĂ©gation, Limitation catĂ©gories de la qualitĂ© â Substance et accident, CausalitĂ© et dĂ©pendance, CommunautĂ© catĂ©gories de la relation â PossibilitĂ©, ImpossibilitĂ©, Existence, Non-existence, NĂ©cessitĂ©, Contingence catĂ©gories de la modalitĂ©. 3. Un point de vue transcendantal Cette analyse est conduite dâun point de vue transcendantal elle porte, non pas sur les objets eux-mĂȘmes, mais sur la maniĂšre de les connaĂźtre et de les saisir, sur les Ă©lĂ©ments a priori et sur les concepts constitutifs de lâexpĂ©rience. Temps, espace et catĂ©gories concernent, en effet, les conditions a priori de la connaissance et le mode dâapprĂ©hension des objets. Sans eux, aucune connaissance ne serait possible. Distinguons ici lâesthĂ©tique transcendantale, qui dĂ©signe, chez Kant, lâĂ©tude des formes a priori de la sensibilitĂ© que sont lâespace et le temps, et la logique transcendantale, Ă©tude des formes de lâentendement, en tant quâelles sont a priori. â La logique elle-mĂȘme se divise en une analytique, qui dresse la table des concepts purs et des principes, et en une dialectique. 4. PhĂ©nomĂšnes et noumĂšnes Les consĂ©quences de ces analyses apparaissent dĂ©cisives si le seul point de vue possible est transcendantal, sâil porte sur les conditions a priori du savoir, il en rĂ©sulte que les choses telles quâelles sont en soi, câest-Ă -dire indĂ©pendamment de la connaissance que nous pouvons en avoir, ne peuvent ĂȘtre apprĂ©hendĂ©es. Que puis-je, en effet, saisir ? â Ce qui sâoffre Ă mon champ perceptif dans le cadre des formes pures de la sensibilitĂ© lâespace et e temps et dans le cadre des catĂ©gories le domaine des phĂ©nomĂšnes. â La notion de phĂ©nomĂšne dĂ©signe, en effet, pour Kant, tout objet dâexpĂ©rience possible, câest-Ă -dire ce que les choses sot pour nous, relativement Ă notre mode de connaissance, par opposition au noumĂšne, la chose en soi, que lâesprit peut, certes, penser, mais non pas connaĂźtre. â Ainsi Dieu est un noumĂšne, une rĂ©alitĂ© possible, mais que nous ne pouvons atteindre. 5. Les idĂ©es de la raison Lâhomme, loin de se contenter dâaccĂ©der aux phĂ©nomĂšnes grĂące aux catĂ©gories de lâentendement, Ă©labore les IdĂ©es de la raison prise ici au sens Ă©troit du terme, comme facultĂ© exigeant la plus haute unitĂ©. Ces IdĂ©es de la raison sont des concepts auxquels ne correspond aucun objet donnĂ© par les sens comme lâIdĂ©e de lâAme ou celle de Dieu. â Si lâIdĂ©e de la raison possĂšde un usage rĂ©gulateur et permet dâunifier notre expĂ©rience, nĂ©anmoins elle est inconnaissable et ne peut ĂȘtre saisie intuitivement. Kant Ă©tudie les IdĂ©es de la raison Ăąme, Dieu, libertĂ© dans une partie importante de la Critique de la raison pure, partie nommĂ©e Dialectique transcendantale elle dĂ©signe une critique dĂ©voilant la trompeuse apparence des prĂ©tentions de la raison quand elle sâefforce de quitter le terrain de lâexpĂ©rience pour aborder la sphĂšre de la pensĂ©e pure, se croyant Ă tort indĂ©pendante du domaine phĂ©nomĂ©nal et empirique. Kant, une morale du devoir Il faut, maintenant, rĂ©pondre Ă la question âQue dois-je faire ?â â La rĂ©ponse de Kant est, ici, sans Ă©quivoque le devoir est uniquement le devoir. â Que faut-il entendre par ce terme, le devoir ? âș Pour en comprendre la signification, tournons-nous dâabord vers la notion de bonne volontĂ©. âș Dans les Fondements de la mĂ©taphysique des mĆurs, Kant rĂ©alise, en effet, lâanalyse de la conscience morale commune et il note que, de tout ce quâil est possible de concevoir en ce monde, il nâest rien qui puisse ĂȘtre regardĂ©, sans restriction, comme bon absolument, si ce nâest une bonne volontĂ©, câest-Ă -dire une intention absolument pure, bonne sans restriction. â Quâest-elle exactement et Ă quoi se ramĂšne-t-elle ? âș Une volontĂ© pure, bonne en elle-mĂȘme, dĂ©signe une volontĂ© de faire le bien, non par inclinaison sensible, mais par devoir. La bonne volontĂ© nous renvoie ainsi Ă lâidĂ©e de devoir, Ă lâimpĂ©ratif catĂ©gorique, et non pas hypothĂ©tique. â Un impĂ©ratif est hypothĂ©tique lorsque le commandement Ă©noncĂ© est subordonnĂ© Ă une hypothĂšse ou Ă une condition ex si tu veux rĂ©ussi, travaille ! â Il est catĂ©gorique lorsquâil ordonne sans condition, lorsquâil vaut, en lui-mĂȘme, indĂ©pendamment de toute hypothĂšse et de toute condition ex travaille !. â Dans le premier cas, lâaction est un moyen pour un rĂ©sultat. Dans le second, lâaction est bonne en elle-mĂȘme tel est le devoir. Quelle est la formule fondamentale du devoir ? â Il Ă©nonce lâuniversalitĂ© de la loi. â Il affirme simplement une loi universelle, un prĂ©cepte prĂ©sentant un caractĂšre obligatoire et commandant Ă tous, sans restriction. âș Agis uniquement dâaprĂšs la maxime qui fait que tu peux vouloir en mĂȘme temps quâelle devienne une loi universelle ». âș La seconde formule du devoir a trait, quant Ă elle, au respect de la Personne, de lâĂȘtre raisonnable, fin en soi possĂ©dant une valeur absolue. âș Alors que les choses sont des moyens, les personnes sont des fins en soi. âș Sous son second aspect, lâimpĂ©ratif pratique se dĂ©finit par le respect de la personne, du sujet humain, qui ne doit, en aucun cas, ĂȘtre traitĂ© comme moyen. La volontĂ© obĂ©issant au devoir est, enfin, une volontĂ© autonome, trouvant en elle-mĂȘme sa loi. â Tel est, chez Kant, le principe de lâautonomie de la volontĂ©, propriĂ©tĂ© quâa cette derniĂšre de se donner Ă elle-mĂȘme sa lĂ©gislation. â Alors que lâhĂ©tĂ©ronomie dĂ©signe lâobĂ©issance Ă une loi nâĂ©manant pas de la volontĂ©, lâautonomie est le fait dâobĂ©ir Ă sa propre loi. Nous pouvons maintenant donner une dĂ©finition plus complĂšte et synthĂ©tique du devoir il dĂ©signe lâobligation morale autonome, la nĂ©cessitĂ© dâaccomplir une action par respect pour la loi universelle, lâimpĂ©ratif ordonnant sans condition â Tel est le concept de devoir, central dans la philosophie de Kant. Quant au bonheur, il se s'atteint pas, on s'en rend digne. Kant et la religion La thĂšse de l'espĂ©rance et du rĂšgne des fins Il nous reste, maintenant, Ă rĂ©pondre Ă la troisiĂšme question Que puis-je espĂ©rer ? » domaine de la religion â Et cette question concerne lâespĂ©rance religieuse. â Or, Kant souligne ici, que Dieu, la libertĂ© et lâimmortalitĂ©, loin dâĂȘtre dĂ©montrable sont des postulats, des hypothĂšses exigĂ©es par la raison pratique. â Pour Kant, lâespĂ©rance dâune autre vie aprĂšs la mort et dâun Dieu justicier, se rattache, en effet, Ă une exigence pratique. Je postule Dieu, la libertĂ© et lâimmortalitĂ© il sâagit ici de croyances rationnellement fondĂ©es, posĂ©es par un acte de foi. â Jâai besoin de ces postulats pour agir moralement. Kant et la philosophie esthĂ©tique La premiĂšre critique de Kant porte sur la connaissance, la seconde sur la moralitĂ©, la troisiĂšme, sur lâesthĂ©tique. Le beau est, ici, analysĂ© dans sa relation au sujet humain. Quâest-ce que le goĂ»t ? â La facultĂ© de juger dâun objet ou dâune reprĂ©sentation par une satisfaction dĂ©gagĂ©e de tout intĂ©rĂȘt est beau, ce qui plait universellement sans concept » â Alors que lâagrĂ©able nous charme, le beau nous entraĂźne loin de toute inclination empirique. â LâuniversalitĂ© du beau permet de distinguer fondamentalement ce qui plait aux sens dans la sensation du beau en tant que tel. â Kant distingue aussi le beau du sublime le beau peut ĂȘtre apprĂ©hendĂ©, alors que le sublime dĂ©signe ce qui nous dĂ©passe, ce qui est infini. Dans tous les domaines, Kant nous renvoie Ă lâautonomie et Ă la libertĂ© humaine. Lâhomme, sujet de la connaissance, est aussi agent moral autonome et auteur dâun jugement de goĂ»t dĂ©sintĂ©ressĂ© et universel. Politiquement, l'homme doit agir moralement et sortir les Etats de leur Ă©tat de guerre permanent. Le projet de Kant pourrait se rĂ©sumer ainsi arracher lâhomme Ă sa nature â Sa nature mĂ©taphysique il a redonnĂ© Ă la raison ses limites, mais a en mĂȘme temps ennoblie la raison humaine. â Sa nature morale arracher lâhomme a ses passions primaires lâĂ©goĂŻsme et lâintĂ©rĂȘt particulier â Sa nature esthĂ©tique libĂ©rer des sens, lâhomme doit acquĂ©rir la facultĂ© de juger le beau. â Sa nature politique sortir les Etats de leur Ă©tat de nature qui les porterait Ă lâanĂ©antissement mutuel pour fonder un projet de paix perpĂ©tuelle. Oeuvres de Kant Critique de la raison pure 1Ăšre Ă©dition, 1781 ; 2Ăšme Ă©dition, 1787 ProlĂ©gomĂšnes Ă toute mĂ©taphysique future qui voudra se prĂ©senter comme science 1783 Fondements de la mĂ©taphysique des mĆurs 1785 Critique de la raison pratique 1788 Critique du jugement 1790 Anthropologie du point de vue pragmatique 1798. Pour aller plus loin sur la philosophie de Kant Critique de la raison pure Critique de la raison pratique Critique du jugement Le projet de paix perpĂ©tuelle La morale de Kant La mĂ©taphysique de Kant Kant et le bonheur Citations de Kant Qu'est-ce que les LumiĂšres chez Kant Kant et la religion La paix chez Kant Cest la rĂ©gion qui vise Ă renforcer la foi du serviteur de son Seigneur, en apprenant les noms dÂŽAllah et Ses attributs. Aussi, est dĂ©diĂ© Ă lÂŽattention des gens Ă voir les signes dÂŽAllah dans lÂŽunivers, Introduction Ă la QUâY A-T-IL APRES LA MORT ?